10 février 2012

La TVA sociale se trompe de cible

Ramener purement et simplement la question de la compétitivité de notre industrie à celle du coût du travail, comme le fait Nicolas Sarkozy, est un raccourci trompeur qui conduit à s’enfermer dans une impasse et promet de lourdes désillusions.

Puisque c’est devenu le modèle à copier de Nicolas Sarkozy, regardons du côté de l’Allemagne.

L’insolente santé économique de notre voisin et partenaire tient d’abord a des produits qui font la différence parce qu’ils ont une image de qualité, de robustesse (les campagnes publicitaires des constructeurs automobiles allemands notamment jouent à fond de cet argument), et c’est la confiance qu’inspirent ses produits qui permet à l’Allemagne de ne pas rentrer en concurrence direct avec des pays à la main d’œuvre trop bon marché. C’est bien la capacité de recherche, d’innovation et donc les investissements que sont capables de consentir les entreprises qui  font la différence sur le long terme.

D’ailleurs, si le coût du travail était l’alpha et l’oméga de la compétitivité des économies des pays européens, alors l’Italie, le Portugal ou l’Espagne devraient en tirer un avantage décisif, il n’en est rien.

Il n’en demeure pas moins, c’est vrai, que l’Allemagne sait profiter de sa proximité avec les pays de l’Est pour recourir à de la main d’œuvre à bas coût. Les parts de marché qu’elle ne cesse de gagner ces dernières années sur l’agro-alimentaire français doivent beaucoup à cette politique qui s’apparente à du dumping social. François Hollande, s’il est élu, devra aborder cette question avec l’Allemagne pour rétablir les règles d’une concurrence loyale entre nos deux pays. Et certainement pas calquer le salaire horaire d’un ouvrier agricole français sur celui pratiqué outre Rhin.

Il faut aussi souligner une évidence, souvent occultée  : il y a travail et travail. Une heure de travail n’a pas partout la même valeur, la même efficacité, le même rendement. Je m’explique : pour restituer le coût réel d’une heure de travail, il faut tenir compte, c’est très important, de la productivité du travailleur. Or, les Français sont parmi les salariés les plus productifs au monde au regard des pays comparables. Lorsque Toyota, pour citer un exemple, s’est installé à Valenciennes, cette donnée a forcément pesé dans son choix.

Quant à la méthode choisie par le candidat-président pour abaisser le coût du travail : l’augmentation de la TVA, elle se traduira mécaniquement par une hausse des prix, qui va peser sur le pouvoir d’achat des ménages, comprimer un peu plus la demande et donc réduire les carnets de commande de nos entreprises qui n’ont vraiment pas besoin de ça en ce moment.

Ce n’est pas en singeant l’Allemagne, ni en adoptant à la va-vite une nouvelle taxe que la droite rattrapera les dégâts de 10 ans de désindustrialisation continue dans notre pays.

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