30 octobre 2009
Quand les banques étranglent les entreprises
Bien sûr, il faut dire et répéter que " Peignage Dumortier " n'a pas dit son dernier mot et que le dépôt de bilan prononcé hier par le tribunal de commerce ne signifie pas liquidation. Bien sûr, il faut rappeler également que s'ouvre maintenant une période de 6 mois durant laquelle l'entreprise tourquennoise pourra se relancer. Oui, bien sûr... Sauf que nous n'aurions jamais du en arriver là.
Retour en arrière. Confronté à des difficultés de trésorerie, Bernard Helle, le PDG de " Peignage Dumortier " alerte au mois d'août la ville de Tourcoing, LMCU et la Région. Dès le 1er septembre, LMCU réunit l'ensemble des partenaires susceptibles d'intervenir pour aider Dumortier à affronter une mauvaise passe. L'entreprise, leader européen sur son secteur grâce, notamment, aux investissements considérables qu'elle a su consentir et au savoir-faire de ses salariés, subit certes les effets de la crise mais les fondamentaux sont bons. Ainsi, elle n'a perdu aucun client au cours de cette période difficile, même si ceux ci ont réduit le volume de leurs commandes.
La mobilisation des collectivités locales et aussi de l'Union des Industries Textiles (IUT) comme de l'Etat est alors immédiate et sans faille. Chacun est somme toute confiant : cette PMI a incontestablement en main les atouts pour obtenir le prêt bancaire qui lui permettra de passer l'orage.
Nous avons bien vite déchanté... Car les banques se sont livrées à de la surenchère en faisant monter toujours plus haut le niveau de leurs exigences. Pour autant nous n'avons pas baissé les bras et avons aboutit à un montage financier assurant un niveau de garantie hors pairs : caution de la SEM-ville Renouvelée, caution d'OSEO, caution personnelle du dirigeant, assurance décès et hypothèques. Et au bout du compte, nous avons essuyé -au dernier moment- un refus de la banque. En effet, si le remboursement du prêt ne faisait pas de doute, la banque en revanche, n'avait pas la certitude que l'opération serait profitable à court terme.
Pendant toute le durée des négociations, je me suis tenu au silence. Mais le temps est venu de dire à quel point le comportement des banques est irresponsable. J'ai en mémoire -pour longtemps- les propos glaçant de banquiers qui sans aucun état d'âme m'ont annoncé qu'ils ne prêteraient pas un centime à " Dumortier ". Comment ne pas être écœuré lorsque l'on se souvient que ces mêmes banques ont été sauvées de la banqueroute, voilà quelques mois, grâce à l'intervention de l'Etat, c'est à dire du contribuable.
Le mur de la finance auquel se heurte Dumortier illustre la dérive -devenue ligne de conduite- des banques de notre pays qui préfèrent spéculer sur les places financières internationales plutôt que de contribuer au soutien et au développement de l'économie réelle.
J'écrivais ici, il y a quelques jours que l'Etat avait laissé passé l'occasion de rentrer dans la capital des banques, au moment où il les avait renfloué. En rentrant dans leur conseil d'administration, il aurait pu peser ainsi sur leurs décisions. Je ne peux à la lumière des difficultés que traverse Dumortier refaire le même constat.
Reste que tout n'est pas joué pour Dumortier. La mobilisation exemplaire des salariés ne doit pas faiblir. L'avenir est loin d'être écrit. Le redressement de Peignage Dumortier est non seulement nécessaire, il est aussi possible.
18:40 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : dumortier, tourcoing, banques






Commentaires
Parfois j'ai l'impression que certaines banques ne font rien pour sauver les entreprises.
Ecrit par : Comparabanques | 30 octobre 2009
Oui, l'Etat avait laissé passé l'occasion de rentrer dans la capital des banques, au moment où il les avait renfloué. En rentrant dans leur conseil d'administration, il aurait pu peser ainsi sur leurs décisions.
Ecrit par : MACHMACH | 06 novembre 2009
Vous etes derrière Dulmortier, mais qu'advient il d'Asselin ?
cela fait 2 entreprises liées aux textile qui ferment à la veille de l'ouverture du CETI!
alors Tourcoing ville textile : mythe ou réalité ?
Ecrit par : herisson | 07 novembre 2009
Bonjour,
Je suis effectivement, comme vous le dites, derrière Dumortier, comme à chaque fois d’ailleurs qu’une entreprise connaît des difficultés. Et Asselin-Thibeau ne fait pas exception à cette ligne de conduite.
Simplement, les situations sont différentes et c’est certainement ce qui vous donne le sentiment qu’une entreprise suscite mon attention plus que l’autre. En effet, Peignage-Dumortier m’a alerté de ses difficultés suffisamment tôt pour que nous puissions envisager les conditions de la poursuite de son activité. C’est exactement l’inverse qui a eu lieu avec Asselin-Thibeau qui m’a mis devant le fait accompli, moi comme l’ensemble des pouvoirs publics. Jamais nous n’avons été sollicités ni même tenus au courant de son projet de fermeture alors même que son départ pour Elbeuf était préparé vraisemblablement depuis des mois. La décision était donc à la fois préméditée et brutale.
Aujourd’hui, il faut penser d’abord à l’avenir des salariés de Asselin-Thibeau qui doivent bénéficier de formations solides, capables d’assurer leur reconversion. Je me suis entretenu de cette question avec Pierre de Saintignion, vice-président du Conseil régional chargé du développement économique et de l’emploi, qui m’a assuré que la Région consacrerait les moyens nécessaires. Ensuite, il faut travailler à la réindustrialisation du site. Cela relève de la responsabilité de l’entreprise mais aussi du préfet. Aussi je n’ai pas manqué de le saisir directement de ce sujet.
Je comprends l’amertume et même la colère des anciens salariés de Asselin-Thibeau victimes de la décision couperet des dirigeants de l’entreprise. Mais il n’en demeure pas moins que je reste convaincu (et les très gros investissement consentis pour le CETI l’attestent ) de l’avenir du textile dans notre région -et singulièrement le quartier de l’Union- qui est appelée à jouer un rôle de premier plan dans un secteur industriel dans lequel la recherche et l’innovation sont nos meilleurs atouts face à la concurrence des pays à très bas coup de main d’œuvre.
A très bientôt.
Ecrit par : Michel-François DELANNOY | 12 novembre 2009
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