27 octobre 2009

France-Télécom : un questionnaire et après ?

Face à la vague des suicides à France-Télécom l'entreprise, sous la pression du ministère du travail, s'est décidée à réagir. 

Non pas en remettant en cause les fondements d'un système de management délétère mais en envoyant un questionnaire à ses 25 000 salariés. Pour ce faire, elle a mandaté " Technologia ",un cabinet privé, qui considère que ce questionnaire est " un levier majeur " pour agir.

Un point de vue qui contraste singulièrement avec l'avis de Christophe Dejours, psychiatre et spécialiste de la souffrance au travail, un domaine qu'il étudie depuis plus de 25 ans. L'auteur de travaux qui font autorité sur le sujet a en effet estimé que ce questionnaire ne servait " strictement à rien " précisant sa pensée, il ajoute : " on sait très bien que les gens ne vont pas bien. Cent soixante questions, à quoi ça sert ? Qu'est-ce qu'on va en faire ? Ca ne dit pas ce qu'il faut faire ".

Les récents suicides ont jeté une lumière dramatique sur les conditions de travail à France-Télécom mais le mal être des salariés ne date pas d'hier. C'est ce que pointe le syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNSPT) qui explique dans un communiqué que les professionnels de la santé " ne peuvent plus exercer sereinement leur activité au sein de France-Télécom, leurs alertes ont été systématiquement ignorées et leur indépendance est régulièrement menacée ", précisant que " plusieurs médecins du travail ont démissionné au cours des deux dernières années ". Et il semble pied que l'on soit là au cœur du sujet : le déni de la souffrance au travail.

Rejoignant Christophe Dejours, je suis sceptique sur les effets bénéfiques à attendre d'un questionnaire. Tant que le manager aura le dernier mot face au médecin, des salariés seront condamnés à travailler au péril de leur santé.

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