21 février 2014

Jeunes et politique, se méfier des idées reçues

Je ne suis pas mécontent de pouvoir tordre le cou à un lieu commun tenace : les jeunes ne s’intéressent pas à la politique.

Le propre de cette idée reçue -c’est la loi du genre- est de se propager sans qu’il ne soit besoin d’en faire la démonstration, les impressions tenant lieu de preuves indiscutables.

Mais soyons réalistes, il n’y pas de fumée sans feu, comme on dit, et il faut bien admettre que les apparences jouent contre les jeunes.

D’abord, il ne va pas de soi lorsque l’on est né après 1989 de se situer sur l’échiquier politique parce que le traditionnel clivage droite-gauche qui structurait  le débat public a perdu de sa force mobilisatrice avec la chute du Mur de Berlin et la conversion des pays de l’Est à l’économie de marché.

Ensuite, les jeunes de façon générale, les études l’attestent, votent moins que leurs aînés.

De là à penser qu’ils ne sentent pas concernés par la politique, il n’y a qu’un pas. Un pas que l’on aurait tort de sauter. C’est ce que met en lumière une enquête de l’Observatoire de la jeunesse solidaire de l’Afev.

L’Afev est une association nationale, née en 1991, soutenue notamment par les ministères de l’Education nationale, des Sports, de la Culture pour tisser des liens de solidarité dans les quartiers populaires.

L’enquête révèle que si la participation à la vie citoyenne ne se joue pas forcément dans les urnes, les jeunes n’en sont pas pour autant passifs, spectateurs du monde. Au contraire.

7 jeunes sur 10 déclarent, par exemple, s’engager dans des modes de consommation responsables, 6 sur 10 apportent une aide concrète ou un don à une association et près d’un jeune sur deux a déjà signé une pétition.

L’échelon local est par ailleurs celui qui intéresse le plus les jeunes. Selon l’Afev, ils sont 84% à plébisciter les conseils de jeunes dans leur ville pour améliorer la démocratie et se faire entendre.

Cela posé, il n’est pas question de quitter le terrain des poncifs pour rejoindre aussitôt le camp des béats.

Le très faible taux de participation des jeunes aux élections dans les quartiers populaires traduit une forme de résignation, de désillusion à l’égard de la politique qui est préoccupante. Tout comme cette équation qui interroge la démocratie : moins on est diplômé, moins on vote.

A Tourcoing, le Conseil communal de la jeunesse a pour vocation d’offrir une instance délibérative aux jeunes qui leur permet de bénéficier d’une expérience politique, non partisane, et de s’impliquer concrètement dans la vie de la cité. Cela peut -c’est en tout cas mon souhait- aboutir à un engagement durable. Durable et indispensable.

Parmi les Tourquennois, près de 39% ont moins de 25 ans. Il est impensable que l’avenir s’écrive sans eux.

14 février 2014

Et si Tourcoing renouait avec le textile ?

Prononcer le seul mot « textile » ravive à Tourcoing, aujourd’hui encore, des sentiments mêlés.

Des sentiments où affleurent la nostalgie de la culture ouvrière qui a tant marqué notre territoire. Des sentiments douloureux aussi au souvenir de l’effondrement d’une industrie entraînant dans sa chute la démonétisation brutale de savoir-faire pourtant reconnus dans le monde entier.

Aussi, au regard de cette histoire sensible -que je partage comme tous les Tourquennois- je m’impose une forme de pudeur, de tact, de réserve qui consiste en particulier à ne surtout pas faire naître de vains espoirs, à spéculer dès lors que le textile est en cause.

Sans me départir de cette prudence, je veux faire état des tout derniers chiffres issus de l’Observatoire des textiles techniques et de l’Institut français de la mode.

Ces chiffres sont très encourageants, ils attestent que le pari de la renaissance du textile par la technologie et l’innovation est bien engagé.

Ainsi, le chiffre d’affaires des textiles techniques représentait en 2006, 28% de la production française. Or, cette proportion devrait atteindre 6,2 milliards en 2013, et peser pour la moitié dans le chiffre d’affaires de la filière textile de notre pays.

L’impact de cette progression est aussi bien visible sur l’emploi : l’emploi dans les textiles techniques passe ainsi de 20 000 personnes en France en 2006, à près de 25 500 en 2013.

Tourcoing, la Métropole et toute la Région sont désormais aux avant-postes de cette mutation grâce en particulier au CETI (Centre européen des textiles innovants) installé dans le quartier de l’Union à Tourcoing. Une plateforme technologique de dimension mondiale, dédiée aux textiles innovants et à leurs applications industrielles qui est le fer de lance de cette reconquête du textile.

Il y a de ça une bonne dizaine d’années, nous n’étions pas si nombreux à croire en ce projet, à vouloir à toute force que notre territoire renoue d’une façon ou d’une autre avec le textile.

Nous sommes aujourd’hui sur la bonne voie. Et ce qui fait le prix de ces  avancées, c’est autant les perspectives de développement qui se dessinent, qu’une forme de juste retour des choses pour une ville, pour des femmes et des hommes qui ont si longtemps lié leur destin à celui du textile.

07 février 2014

La Tunisie, une lumière dans le monde arabe

La Lybie est plongée dans l’anarchie, la Syrie est déchirée par la guerre. En Egypte, les espoirs démocratiques sont en sommeil, sinon enterrés. Les Algériens, eux, se désespèrent de voir un jour la manne gazière, captée par une oligarchie, équitablement répartie. Quant aux monarchies du Golfe, si elles cultivent -à destination de l’occident- une image de modernité, leurs régimes se réclamant d’un islam rigoriste font de la charia un outil d’oppression, des femmes, en particulier.

L’immense espoir issu du « Printemps arabe » qui avait surgi sans prévenir voilà 3 ans a fait long feu.

Tout était parti, on s’en souvient, de Tunisie où le peuple s’était débarrassé du dictateur Ben Ali, déclenchant une onde de choc qui a traversé pratiquement tout le monde arabe, jetant dans les rues du Caire, de Damas, de Tripoli, des foules au courage et à la détermination inouïs qui criaient leur soif de liberté.

La Tunisie apparaît aujourd’hui comme la seule rescapée de cet immense mouvement d’émancipation même si, bien sûr, il n’est pas dit que le dernier mot revienne longtemps encore aux dictatures.

La Tunisie rescapée et, une fois encore, modèle. Car la constitution qui vient d’être adoptée est sans aucun doute la plus progressiste jamais vue dans cette région du monde.

Simple repli tactique (alors que les Frères musulmans égyptiens, référence d’Hennada ont perdu la main en Egypte) ou bien prise de conscience (après plus de deux ans de débats) que les Tunisiens ne se laisseraient pas imposer un modèle de société contraire à leurs aspirations, à leur histoire ? Toujours est-il que les islamistes d’Hennada, majoritaires au parlement tunisien, ont cédé sur l’essentiel. Et notamment : l’égalité entre citoyens et citoyennes, la liberté de conscience, d’expression, d’association, la garantie du droit à l’information et du droit de grève.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce que doit cette constitution à Habib Bourguiba, premier président tunisien au lendemain de la décolonisation et qui décida d’abolir la polygamie, la répudiation, autorisa le divorce, légalisa l’avortement –avant la France, mis l’accent sur l’éducation, permettant ainsi l’émergence d’une véritable classe intellectuelle… Autant d’avancées exceptionnelles souvent éclipsées par la dérive autoritaire d’un homme s’accrochant au pouvoir, incapable d’assurer le passage de témoin.

Si la Tunisie a réaffirmé clairement sa volonté démocratique en l’inscrivant dans le marbre de sa loi fondamentale, elle doit faire face aujourd’hui à de très sérieuses  difficultés. L’économie en particulier est exsangue après trois années d’instabilité, et les classes populaires, les campagnes, s’impatientent de voir la révolution produire des effets concrets sur leur quotidien.

Aussi, je me félicite de la présence du Président de la République, François Hollande, en Tunisie pour célébrer la nouvelle constitution.

La France, plus que jamais, a le devoir de soutenir la Tunisie. C’est une responsabilité historique qui nous incombe ici. Et ce sera notre fierté d’avoir su aider les Tunisiens à  mener à son terme la transition démocratique.

Car le destin de la Tunisie, son avenir est -ne nous y trompons pas- observé avec une extrême attention par des peuples voisins qui, un jour où l’autre, prendront de nouveau la Tunisie en exemple.