15 mai 2013

Faire progresser la méritocratie

Toute la journée, à l’Hôtel de Ville, se sont succédé 160 élèves venus de 17 collèges du Nord dont le collège tourquennois Lucie Aubrac.

Ces élèves de troisième sont engagés dans un dispositif (le Programme d’Etudes Intégrées) initié par Sciences-Po Lille et qui a l’ambition de tisser des liens entre les collégiens et le prestigieux institut de sciences politiques.

C’est ainsi que durant l’année scolaire, une dizaine d’élèves par établissement, encadrés par un enseignant référent et un étudiant de Sciences-Po, ont planché sur un sujet touchant à l’Union européenne.

Et donc aujourd’hui, ces collégiens sont venus présenter et soutenir leurs travaux devant un jury.

Aujourd'hui en France, 5% des enfants d'ouvriers accèdent aux classes préparatoires. Cette statistique, à elle seule, dit combine l'égalité des chances, pilier du pacté républicain, est malmeneé.

Le défi est immense. Pourtant la force de certains mécanismes de reproduction, certes bien réels, ne doit pas nous faire abdiquer.

Le pire serait ici de se laisser gagner par le défaitisme, la fatalité et finalement de tolérer ces inégalités résultant de l’hérédité sociale et des hasards de la naissance.

Voilà pourquoi, il est capital d’élargir au plus tôt l’horizon des jeunes, de leur faire fréquenter, dès que possible, le meilleur de ce que peut offrir l’enseignement dans notre pays, de rapprocher tous les enfants de la République des filières d’excellence comme y parvient ce Programme d’Etudes Intégrées.

D’ailleurs, ces filières d’excellence, et avec elles la société française entière, ont tout à gagner au renouvellement des élites qui, il faut bien le dire, fonctionnent largement sur le mode du vase clos et de la cooptation.

En marge de cette journée, j’ai eu le plaisir de recevoir certains de ces collégiens qui en ont profité pour recueillir mon opinion sur leur sujet : l’Europe, et notamment la question de savoir comment bâtir une Europe fédérale.

Vaste et complexe problème dont la solution passe d’abord par l’affirmation claire, dénuée d’ambigüité, de frilosité, que les Etats-Unis d’Europe sont bel et bien notre projet commun.

L’envahissante question de l’équilibre financier des Etats membres ne doit pas continuer à nous cacher encore longtemps l’essentiel, à savoir que l’Europe, même en crise, a les ressources nécessaires pour repartir de l’avant, à la condition d’investir dans la recherche, dans les savoirs, dans les grands équipements. Nos succès de Airbus, à Ariane-Espace ne sont pas des pièces uniques et vouées à le rester.

L’Europe doit retrouver confiance dans des capacités que beaucoup nous envient. Je crois que l’Europe est aussi malade de son pessimisme et qu’elle a autre chose à formuler qu’un simple projet de survie en attendant des jours meilleurs... Enfin, vous l’aurez compris, cet échange a été enrichissant, agréable, enthousiasmant, tant ces collégiens portent avec une sincère conviction et une argumentation déjà solide, une conception de l’Europe dans laquelle je me retrouve entièrement.

07 mai 2013

12 mois de présidence de François Hollande

L’anniversaire de la première année du quinquennat de François Hollande est marqué par une avalanche de critiques dont certaines, par leur violence, par leur aveuglement, par leur systématisme relèvent d’une forme de lynchage qui devraient insupporter tous ceux qui ne confondent pas démocratie et défouloir.

Si chacun a bien le droit de faire savoir qu’il n’est pas d’accord avec la politique menée par le Président de la République, il n’est pas nécessaire pour autant de se vautrer dans des lieux communs qui n’ont rien à voir avec la réalité des faits telle que chacun peut l’observer.

Parmi ces lieux communs, celui de l’indécision prétendue de François Hollande, tient la corde.

François Hollande indécis ? Vraiment ?

Ce dont je me souviens moi, c’est que lors des primaires aussi bien que pendant la campagne, il a toujours dit que le redressement de la France passait par le redressement de nos comptes publics.

Et chacun peut constater que c’est bien ce cap qu’il continue à tenir un an après son élection. Or, en prenant à bras le corps la question des déficits publics que 10 années durant la droite au pouvoir a aggravé et a voulu cacher sous le tapis, François Hollande endosse, c’est évident, le mauvais rôle. J’y vois personnellement la marque d’un véritable courage politique, là où son prédécesseur préférait lui, calquer son action sur la courbe des sondages qui lui tenait lieu de boussole politique.

D’ailleurs ramener la politique de François Hollande à la seule réduction des déficits publics revient à laisser dans l’ombre des pans entiers et fondamentaux de l’action conduite parla majorité.

Le Pacte de compétitivité, par exemple, est une réponse à la désindustrialisation de notre pays qu’il faut coûte que coûte endiguer. La création de la Banque publique d’investissement, la présence des salariés aux conseils d’administration des grandes entreprises, le crédit d’impôt sont autant de mesures résolument tournées vers notre industrie longtemps laissée en déshérence et qui se réduit à peau de chagrin.

On peut considérer, non sans raison, que ces mesures produiront leurs effets au fil du temps et que le candidat avait promis un changement rapide.

Reste que ce choix assumé d’une politique de l’offre, qui passe par une phase de réorganisation et d’investissement dans notre appareil industriel est la seule voie d’avenir.

Une relance de type keynésienne, de redistribution généreuse de pouvoir d’achat doperait les ventes dans des secteurs où notre industrie n’est pas bien armée face à la concurrence, comme par exemple l’électronique grand public, l’informatique. Au bout du compte cette relance profiterait surtout à d’autres et ferait pencher notre balance commerciale du mauvais côté.

Pour évaluer les effets du changement, pour s’en faire une idée concrète, le mandat de maire offre un excellent point d’observation.

Or, voilà un an l’élu local que je suis, était démuni face au sous-emploi des jeunes alors que les moyens de notre Mission locale avaient été largement amputés. Aujourd’hui les emplois d’avenir, les contrats de génération élargissent l’éventail des possibilités pour mettre ou remettre les jeunes à l’emploi et protéger les salariés seniors.

Il y a un an, l’heure était à la fonte des effectifs à Pôle Emploi, aujourd’hui on embauche. Il y a un an, les rentrées scolaires étaient marquées par des baisses d’effectifs chez les enseignants, aujourd’hui et durant tout le quinquennat, l’Education nationale recrute. Le même constat vaut pour les forces de police et de gendarmerie.

Alors oui, chacun en est bien conscient, la situation du pays est très difficile et ce serait se cacher la vérité que de croire que nous allons remonter toute la pente dans les semaines ou même les mois à venir.

François Hollande a choisi de s’attaquer aux problèmes de fond qui handicapent depuis trop longtemps notre pays, tout en s’attachant à préserver les plus vulnérables.

La ligne de crête évidemment est étroite mais ce qui a été engagé en 12 mois -12 mois seulement- mérite déjà largement d’être salué et amplifié.

02 mai 2013

France-Allemagne, une question d’équilibre

Ces derniers jours, les partisans de la manière forte avec l’Allemagne ont donné de la voix dans notre pays. Certains, comme Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, ont plaidé pour « la confrontation »  avec Berlin tandis que Benoit Hamon, ministre délégué à l’économie sociale et solidaire était sur la même ligne.

Une partie de la  droite, Alain Juppé en tête, a aussitôt répliqué en estimant dans une interview au Monde qu’il vaudrait bien mieux pour nous jouer profil bas car « la France est totalement isolée ».

Les toutes récentes prises de position du nouveau président du Conseil italien, Enrico Letta, montrent au contraire que la question de l’équilibre à trouver entre rigueur budgétaire et investissements productifs pour maintenir la croissance des pays de la zone euro, n’est pas, loin s’en faut, un débat franco-français.

Enrico Letta a ainsi déclaré que « Ce qui est en train de se passer en Italie est en train de se passer dans toute l’Europe. Soit il y a une destinée européenne, soit chaque pays finira par décliner de son côté ». On ne saurait mieux dire. Comme quoi des paroles réfléchies ont souvent plus de poids que des ultimatums brandis à la hâte ou des verdicts partisans.

Il ne fait aucun doute que l’Allemagne (qui soit dit en passant est tout de même la première garante de l’Euro) a raison d’inciter l’Europe à la réduction des déficits nationaux qui ont atteint, personne n’en doute, les limites du supportable.

Mais sa position de championne de l’orthodoxie budgétaire ne doit pas l’amener à ignorer les conséquences de la récession qui menace toute la zone euro. Des risques qui sautent aux yeux lorsque l’on tourne le regard vers les pays du sud de l’Europe. Des risques sur lesquels nous alertent aussi nombre d’économistes dont tous ne sont pas réputés être des iconoclastes inconséquents ou des keynésiens endurcis.

Je crois que l’on doit pouvoir renouer avec l’Allemagne un dialogue sur la base d’un constat partagé au-delà de la France et difficilement contestable : l’abus d’austérité tue la croissance et donc l’emploi.

Et de toute façon, les pays de la zone euro ne pourront rester tous longtemps encore en apnée, en attendant que se reconstituent les marges de manœuvre budgétaires qui leur permettront de respirer. D’ici là il y a fort à parier que les populistes de tout poil saisiront l’occasion de tirer les marrons du feu et de jeter en même temps l’Europe dans le fossé.

L’assainissement des économies, la fin de notre dépendance aux marchés financiers passent par la sobriété budgétaire, nul ne le conteste.

Mais pourquoi vouloir atteindre ces objectifs à marche forcée ? L’économie n’est pas un concours de vertu et elle ne consiste pas non plus à avaler une purge d’un seul coup d’un seul. La bonne stratégie, me semble t-il, consiste à maintenir le sérieux budgétaire mais à le faire progressivement pour conserver ce qu’il faut d’investissements productifs pour alimenter le moteur de la croissance.

J’ai le sentiment que l’Allemagne persiste  à voir la plupart des pays européens , dont la France, comme des cigales prodigues et immatures.

Angela Merkel se trompe. Les efforts déjà consentis par les peuples européens devraient pourtantla rassurer. Un autre élément pourrait ramener l’Allemagne à assouplir ses positions : l’Europe reste à ce jour son premier marché à l’exportation.